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Présentation
Ina Souvy, de Janis Déribis (et non pas Deribis).
La stéganographie est l’art de soustraire au regard. Son objet n’est pas de rendre un message inintelligible,
mais de le faire passer inaperçu.
Ce roman, conte résolument contemporain, qui exalte tous les sens, y compris ceux de l'humain et de l'humour,
est aussi imprégné de poésie et d'écologie... car taquiner « l'amuse » peut réserver bien des
surprises...
Ina, belle et séduisante, recherche la volupté. C'est son droit. Janis, sûrement moins beau et séduisant,
recherche le bonheur. Elle pense que sa quête la mènera au bonheur. Lui, que l'aboutissement de la sienne inclura
la volupté.
Leur amitié les amène à échanger leurs visions et leurs expériences respectives, « dans un tourbillon
d’arômes et de couleurs, d’essences des fleurs et des êtres, de velouté et d’apesanteur ».
Voyage poétique dans un monde à deux lunes, le chemin de la remise en question commence par un conte traditionnel.
À l’heure du réseau numérique planétaire, envisager une relation amoureuse se distingue rarement par une approche
symbolique à l’ancienne, à la manière de « il était une fois... »
« ...on disait qu’il avait un Coeur-de-pierre ».
Le style poétique déploie ses ailes, sous l’ombrelle de la stéganographie, à qui est apte à entrer dans l’énigme
des 18 vers de 36 pieds dont le nombre de mots est multiples de 3.
À-travers des personnages comme celui d’Iscarine, la tricoteuse de molécule, « jeune femme au charme déployé,
brillante, chercheuse, d’hommes peut-être, depuis la séparation houleuse d’avec son compagnon, plus prosaïquement
en chimie », ou de Bérustophane dont il est de notoriété qu’il « incise les coquelicots, la chemise jaunie
des volutes ensorceleuses », la quête intérieure poursuit son parcours de collines dans une nature écologiquement
apaisée.
L’être au coeur minéral succombe parfois : « Je sens toute la tendresse rugueuse de Coeur-de-pierre, protégée par son
armure, mais la pierre, quelle porosité ! Sa vapeur me pénètre par tous les pores et se condense dans mes yeux.
Là où l’épée se serait brisée avec fracas, la buée de sa bouche me touche au tréfonds. »
Arriverons-t-ils, les uns, les autres, à découvrir le feu de leur trésor caché ?
L'espérance éploie ses voiles « Le port de verres bleus permet de voir l’horizon bleu, mais l'œil nu peut voir
le bleu de l’horizon. Les bleus sont pour le passé. Réservés à l’âme... L’introspection positive se charge de troquer
les bleus contre le bleu, le passé contre l’avenir, de briser et de tirer la ligne d’horizon pour former une aire
où le présent pose le pied... »
L'écologie aussi « Le garage n’est que verre et bois. Outre leurs qualités environnementales, ces deux matériaux
conjuguent l’opacité et la transparence, la rugosité et le lisse, l’odorant et l’inodore, le pénétrable et le dur,
le résilient et le fragile. La liste des complémentaires s’étire loin au regard du comportement au feu, de la structure
moléculaire ou de tout autre angle de vision par lequel on chercherait à les observer. »
De ci de là, perce une petite pointe de contemplation « La pluie fait le bonheur de la surface de la glèbe
qui chante la louange et exhale ses effluences de boue, de tourbe, de bolet, de décomposition patiente, de réintégration
nourricière. Avec le soleil, la préséance s’échangera avec les hauteurs. La tête recevra la sève et la chaleur distillera
les essences qui embaument et font toucher le ciel. »
ou d'intimité « La fraîcheur caressait la peau et les remous du vent venaient écouter les murmures et les
confidences du cœur. »
L'humour n'y est jamais absent :
« - Bonjour Janis.
- Bonjour Ina. Que me vaut cet honneur ?
- L’honneur de notre amitié, vil flatteur.
- Vil, tu me gâtes. Je crois me souvenir que tu avais utilisé le terme ignoble une fois. T’es-tu acheté un nouveau
dictionnaire pour avoir à ce point enrichi ton vocabulaire ? »
... évidemment « l’esprit est censé suivre et l’esprit sensé suivra. »
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